Expériences
d'élevage avec la Perdrix Choukar
PHOTOS
Texte Raymond Bouquet, propos
recueillis par Thierry Girod.
J'élève des Perdrix
Choukar depuis environ 11 ans. J'exerce mon hobby dans le sud de la France,
les oiseaux vivent à l'extérieur en volière. Le toit des volières est en
grillage à petites mailles de 11 mm, j'ai aménagé des abris pour protéger
les mangeoires et les nids, et les oiseaux disposent de parties abritées
sous lesquelles ils peuvent se réfugier quand ils le souhaitent. Mes Perdrix
Choukar ne se perchent pas sur des perchoirs ronds, mais elles montent
volontiers sur des supports plans, comme le dessus des abris ou les clapiers
en ciment. Dans mes volières mes Perdrix Choukar (Alectoris chukar)
cohabitent avec des Perdrix rouges (Alectoris rufa), des Tétraogalles de
l'Himalaya (Tetraogallus himalayensis) et des Tragopans de Temminck
(Tragopan temmincki).

Les cohabitants des Perdrix Choukar:
au fond Tétraogalle de l'Himalaya, à gauche Tragopan de
Temminck, à droite Perdrix rouge.
Alimentation
Je les nourris avec des
granulés pour gibier (Stargib*), "entretien" ou "reproduction" selon la
période, pendant la période d'élevage j'ajoute de la vitamine E, et toute
l'année un mélange de graines pour Pigeons. Ne croyez pas qu'en laissant des
graines de Pigeons en permanence mes Perdrix délaissent leurs granulés: en
fait les oiseaux se régulent d'eux-mêmes. Pendant la mue je donne un
complément alimentaire pour les soutenir pendant cette période critique.
J'utilise plusieurs compléments que j'alterne, et j'utilise leurs propriétés
: ainsi je donne plutôt un produit qui excite (comme le Vitavil Aminé*)
lorsque je souhaite que mes oiseaux soient actifs, et au contraire en cas de
besoin je préfère un médicament qui les calme (comme le Duphamix*). Je
distribue aussi des friandises: salade, fruits, pâtée insectivores,
asticots, vers de farine. Leur régal, c'est le pain sec coupé en tranches.
De gauche à droite: abreuvoir, mangeoire à grit, mangeoire à granulés, à
droite nid, devant le nid 2 mangeoires à graines.
Traitements préventifs
Je les traite
préventivement contre les parasites. J'utilise Ivomec* en application sur la
membrane alaire 2 fois par an, contre les parasites externes et les vers
ronds. Je vermifuge mes oiseaux et je les traite contre la coccidiose et la
trichomonose 3 à 4 fois par an. Je fais suivre ces traitements d'une cure de
vitamines, avec Floratonyl*. Mes méthodes d'élevage et mes traitements
préventifs ont été décrits dans un précédent article (voir "Les Oiseaux du
Monde" avril 2005).
Elevage
La formation des couples
n'est pas toujours facile dans cette espèce. En effet il arrive que le mâle
se montre agressif envers sa femelle, et, de peur qu'il ne la blesse
sérieusement, je lui en présente une autre, et ainsi de suite, jusqu'à ce
que, pour une raison inconnue, il en accepte une. Il m'arrive de former des
trios (un mâle et deux femelles), mais en général je dois retirer l'une des
deux par la suite car elles finissent par se battre. En cas de besoin je
place les oiseaux dans des cages d'accouplement, que j'ai fabriquées
moi-même, équipées d'une séparation amovible grillagée. Je laisse les
oiseaux faire connaissance à travers le grillage, puis je retire la
séparation lorsqu'ils se sont habitués l'un à l'autre (voir photo).

Cage
d'accouplement, avec séparation grillagée amovible.
Compagnie
En près de 11 ans d'élevage, je n'ai
eu que 2 femelles vraiment bonnes mères. Il est vrai que ces espèces
nidifuges permettent un élevage artificiel. Lorsque le comportement maternel
de la femelle est trop aléatoire, on peut se passer d'elle une fois qu'elle
a pondu. La saison de reproduction va approximativement de mi-avril à fin
juin. En volière, chaque femelle pond un œuf tous les 1 à 3 jours (la
fréquence est faible en début et surtout en fin de période). Le temps est un
facteur important, surtout lorsqu'il s'agit d'élevage en volière extérieure.
En général elles utilisent la coupe en terre cuite remplie de foin que je
leur destine, elles n'y ajoutent aucun matériau.

Si on ne fait pas confiance à la
mère pour mener à bien sa nichée, il faut retirer les œufs au fur et à
mesure de la ponte. Ceci a un effet prévisible, c'est que la femelle pond
beaucoup plus, en effet c'est l'impression d'avoir un nid plein qui fait
passer la femelle de la phase de ponte à la phase de couvaison. Comme cet
état n'est jamais atteint dans ce cas de figure, la femelle risque de pondre
beaucoup plus sans couver. Les œufs doivent être mis en attente quelques
jours, pendant lesquels il faut les retourner au moins trois fois par jour.
Pour m'éviter ces manipulations fastidieuses, j'utilise une partie de ma
couveuse électrique: j'utilise la base, qui ne chauffe pas, et qui tourne
automatiquement les œufs chaque demi-heure (voir photo).

Œufs en attente posés sur la partie non chauffante d'une couveuse: la
machine les retourne régulièrement.
Il ne faut pas laisser les œufs plus
de 8-10 jours à la température de 18°C environ avant de faire commencer
l'incubation. Celle-ci dure 23 jours en moyenne (maximum 25 jours).
J'utilise le Fumi* pour désinfecter en même temps les œufs et l'incubateur.
En ce moment j'ai une femelle apprivoisée qui est aussi bonne couveuse
qu'une Poule domestique. Elle aime bien avoir son nid en hauteur, mais elle
accepte mes coupes en terre cuite. Je ne retire pas ses œufs au fur et à
mesure de la ponte. Lorsque le nid contient environ 10 œufs, elle se met à
couver. Lorsque je la vois "posée" sur le nid, je la laisse 1 à 3 jours.
Alors je la transporte (sur son nid) dans un clapier en ciment, dans lequel
je l'isole pour qu'elle soit tranquille. Si éventuellement ce transfert la
perturbe, elle quitte le nid quelques heures, puis elle y retourne. C'est
pourquoi je la déplace à la tombée de la nuit, elle se dépêche alors de
retourner au nid. Il ne faut pas déplacer la couveuse après la tombée de la
nuit, sinon la femelle risquerait, à cause de l'obscurité, de ne plus
retrouver son nid après l'avoir quitté. Lorsqu'elle est bien installée elle
ne quitte plus sa couvée. Si je veux lui faire couver d'autres œufs que les
siens, je pratique alors l'échange lorsqu'elle est ainsi calmée. Celle-ci
élève sans difficultés des poussins d'autres espèces. Il m'est même arrivé
de lui confier à l'éclosion des poussins nés en incubateur à la même époque
que les siens, et elle a élevé tout ce petit monde sans faire de différence.

Elevage naturel: l'éclosion (le poussin au fond à droite est un mutant
"pastel").
femelle avec ses poussins.
Je traite toujours la femelle qui
couve contre les parasites externes. J'utilise un produit en poudre ou de l'Ivomec*.
Sans cette précaution, la femelle immobile et bien chaude risque d'être la
proie de nombreux parasites, sans pouvoir se gratter. L'inconfort qu'ils lui
causeraient pourrait être si grand qu'elle risquerait d'abandonner son nid.
A l'éclosion, les poussins restent dans la coupelle qui est profonde (je les
y laisse environ 48 heures, puis je vide les herbes du nid dans un coin de
leur cage (clapier): ils y retournent pour se reposer au sec. En cas
d'élevage artificiel je fais naître les poussins dans un éclosoir puis après
environ 48 heures je les place dans l'éleveuse qui leur procure nourriture,
eau et chaleur (grâce à une lampe à infrarouges thermostatée).
Elevage artificiel: l'éleveuse.
Lorsqu'ils sont élevés par une
femelle, je donne l'aliment à celle-ci, qui leur montre et les incite à
manger. Mais si les poussins sont tous ensemble dans mon éleveuse, ils ont
quand même l'instinct de picorer, et se nourrissent. Le risque serait qu'un
poussin se retrouve seul: en l'absence de stimulation (la mère ou les frères
de la couvée), il risque de ne pas picorer du tout. Je nourris mes perdreaux
avec un aliment industriel en miettes ("premier âge") pendant 2 à 3
semaines. Pendant les 3 semaines suivantes, je leur donne un aliment
"deuxième âge" (moins concentré). Puis un granulé "troisième âge" jusqu'à 3
mois au plus tard. A ce moment, je les passe progressivement au régime des
adultes. Je leur change leur régime de manière progressive, avec le même
type de transition que celui exposé dans l'article d'avril 2005. Les
premiers jours les poussins sont si maladroits et fragiles que la
distribution de l'eau pose des difficultés. L'eau doit être facile à trouver
par les petits, mais ceux-ci risquent également de tomber dedans sans
arriver à ressortir! J'utilise des abreuvoirs type "canari", avec un petit
bec, posés au fond de leur cage, ou des abreuvoirs avec un bec plus large,
donc plus stables, mais dans ce cas je réduis la profondeur en plaçant un
caillou au fond pour que les poussins ne risquent pas d'y tomber.
Je retire la mère (quand
il y en a une) lorsque les jeunes ont au minimum entre 3 et 4 semaines
(durée plus ou moins longue en fonction de la température et éventuellement
du nombre de petits). En général la femelle élève 2 nichées par an. Je n'ai
jamais vu le mâle s'intéresser aux œufs ou aux poussins.
Je traite les jeunes
contre la coccidiose avec Coccilyse* ou Amidurène*, auxquels j'ajoute
Floratonyl*. Et à 5 semaines je traite contre les vers avec Biaminthic 5%*.
Ensuite je leur donne du Santol* dans l'eau de boisson (huiles essentielles
et vitamines) pendant 3 mois minimum. Ce n'est qu'après les traitements
antiparasitaires que je réunis les poussins de différents lots. Ils ont à ce
moment entre 6 et 8 semaines. A ce stade, Perdrix et Faisans peuvent être
mélangés sans problème. Je ne fais pas incuber dans la même machine des œufs
de taille différente (Perdrix et Faisans par exemple), parce que dans la
couveuse les gros œufs absorbent plus la chaleur et l'humidité. A l'éclosion
je mélange les jeunes, uniquement si les poussins sont d'âge et de taille
comparable. En effet, des poussins trop petits, ou moins "délurés",
risquent d'être tués par les autres. Une fois que la bande est constituée,
les oiseaux se supportent en général jusqu'à leur puberté (au printemps
suivant), même si des espèces différentes sont associées. En général, les
jeunes sont plus facilement compatibles que les adultes. Toutefois, si je
veux introduire de nouveaux oiseaux dans une bande déjà constituée, je les
place dans une nouvelle volière, pour limiter les risques d'agression,
personne ne se sentant plus sur "son" territoire.
Hybridation
L'hybridation entre
oiseaux du même genre est possible. Je fais cohabiter mes Choukar avec des
Perdrix rouges, en enlevant journellement les œufs. Une fois il m'est arrivé
accidentellement de découvrir que des poussins nés dans un recoin étaient
hybrides. Certains éleveurs disent que ces hybrides sont stériles, je n'en
ai aucune idée puisque je ne les fais pas reproduire. Peut-être le sens du
croisement joue-t-il un rôle dans la fertilité des hybrides ? Ces oiseaux
n'ont pas d'avenir, s'ils ne sont pas stériles ils ne peuvent que
s'accoupler avec une des deux espèces parentales, et par ce fait la
"polluer" génétiquement. Je ne les garde pas. Comme je ne mange pas mes
oiseaux, je fais cadeau de ces hybrides à des amis, comme oiseaux de
volière.
Mutations
Je ne connais qu'une
mutation dans cette espèce: c'est la couleur dite pastel. Je n'en ai plus en
ce moment. Il s'agit d'une couleur diluée. Le poussin pastel a très peu de
duvet, celui-ci est très clair. Cette couleur s'élève comme la couleur
naturelle, toutefois ces mutants sont plus fragiles. Je ne l'ai pas noté
précisément, toutefois il me semble que les mutants pastel étaient
majoritairement des femelles. Il est possible que la mutation soit liée au
sexe, mais je n'ai aucune certitude. Ceux de mes reproducteurs qui ont
produit des pastels étaient toujours un mâle couleur sauvage ("gris") et une
femelle pastel. Chaque nichée, d'environ 8 à 10 jeunes, me donnait 3 à 4
pastels. Une seule fois j'ai accouplé pastel X pastel, les petits étaient
tous des pastels, mais exceptionnellement fragiles.
Mutation pastel.
